14.01.2008
Evo Morales, le Mandela latino-américain
Il y a deux ans, Evo Morales a été démocratiquement élu. Aujourd’hui on cherche à savoir comment la «révolution bolivienne» s’encadre parmi les différentes tendances qui sont en train de surgir en Amérique Latine.
Rappelons qu’Evo est arrivé au pouvoir à la fin de l’année 2005 avec 53% des voix, soit 15% de plus que l’adversaire suivant, dans un système pseudo démocratique où les moyens de communication, l’économie et les pouvoirs sont dominés par une minorité ancestrale installée au pouvoir depuis des décennies. Pouvoirs descendant des dictatures militaires et des oligarchies ayant « régné » pendant des siècles sur le continent latino-américain. En dépit de ce contexte, Evo Morales a obtenu en tant que président, le meilleur soutien électoral de toute l’histoire de la Bolivie.
On a tenté d’identifier ce processus au processus cubain. Or, lors des récentes célébrations de l’anniversaire de la mort de Che Guevara en octobre passé, Evo a été clair sur le fait que bien qu’il admirait le mythique guérillero cubano-argentin Ernesto Guevara, il se positionnait pour la réalisation de transformations sociales par la voie pacifique, démocratique et non-violente. Selon ses déclarations, «son unique différence avec le Che, c’est que celui-ci recherchait l’égalité et la justice, les armes à la main».
On a aussi cherché des similitudes avec le modèle vénézuelien d’Hugo Chavez. Mais avec son refus de la guerre en tant que moyen pour résoudre les différences entre pays, refus inscrit dans la nouvelle constitution, Evo Morales marque une nouvelle différence révolutionnaire qui s’écarte d’«armer le peuple pour résister». Evo ouvre de nouveaux chemins, non encore explorés en Amérique Latine.
La nouvelle constitution bolivienne reprend les revendications historiques, se situant ainsi parmi les plus progressistes du monde. Son texte indique des références aux droits de l’homme et, au-delà des mentions génériques et classiques, il s’engage pour un système de santé et d’enseignement gratuit, pour le droit à la retraite, à la sécurité sociale, pour les droits des enfants, des personnes âgées et des peuples originaires, des salariés, des handicapés, des consommateurs, des prisonniers, etc. Une constitution laïque et non confessionnelle, comme la précédente qui instaurait l’obligation de soutenir l’église catholique. Une constitution pacifique qui refuse le recours à la guerre et bien sûr, l’établissement de bases étrangères sur son territoire. Mais surtout, une constitution pacifique impulsée par un indien aymara, un récoltant de coca, tout comme il aurait pu être spécialisé dans le domaine des oranges ou du raisin ; le « Président Evo Morales » comme on l’appelle avec un orgueil ancestral, ou « l’indien » comme le disent de façon dépréciative ceux qui, toujours, ont discriminé les autres.
Le silence des pays occidentaux, et spécialement des pays européens (sans parler des Etats Unis, parce là, il s’agit d’aveuglement), consiste à maintenir une désinformation systématique sur les événements qui se produisent en Bolivie et à n’offrir aucun soutien à Evo Morales, dans le meilleur des cas. Au pire, ils tentent de le diaboliser en l’assimilant à Fidel Castro ou à Chavez.
Le phénomène Evo Morales doit être étudié à la lumière de Mandela et non à la lumière Bolivarienne ou Guévariste. Il y a près de 40 ans, tout comme en Afrique du Sud, les indigènes, les cholas [femmes indigènes, NdT] ne pouvaient marcher sur les trottoirs en Bolivie. Ils devaient s’en écarter si un blanc s’y trouvait. Dans un pays constitué de 65% d’indigènes, 25% de métisses et 10% de blancs, il n’y avait jamais eu d’indigène au pouvoir en 500 ans.
Derrière les revendications sociales et politiques, se trouvent des motivations plus profondes qui résonnent, des revendications historiques pour restaurer la dignité des peuples opprimés durant des siècles, des revendications pour l’expression des aspirations d’un peuple. Ce que le peuple remercie le plus d’Evo c’est de lui avoir rendu sa dignité et lui avoir ouvert des perspectives futures.
On comprendra beaucoup mieux le phénomène Evo Morales à la lumière de Mandela, en le comparant à d’autres processus de cette région du monde. La Bolivie a vécu un « apartheid » durant des siècles, et elle est en train d’en sortir.
Nous ne savons pas comment les choses vont évoluer sous la pression des multinationales, des propriétaires terriens et des gouvernements corrompus. Nous ne savons pas s’ils vont réussir à faire échouer cette tentative pacifique, démocratique mais révolutionnaire. Mais ce que nous percevons parmi les gens que nous connaissons, dans les conversations dans les jours qui ont suivi l’approbation de la nouvelle constitution, c’est un processus qu’on ne peut arrêter, sans retour en arrière possible. Un peuple cherchant à s’exprimer a trouvé son chemin de dignité. Et cela, aucune multinationale ne pourra le stopper ; là, aucun propriétaire terrien ne pourra maintenir son hégémonie. S’il y a retour en arrière, et espérons qu’il n’y en aura pas, il sera ponctuel, car la certitude de ce qui est digne et juste, reviendra avec plus de force.
Mon ami et mon frère, le sénateur du MAS Gastón Cornejo Bacopé, qui nous régale de sa plume poétique de chroniques politiques brillantes, relate ainsi une partie de la célébration du 14 décembre, jour de la remise officielle du texte de la nouvelle constitution politique :
« Les portes du Palais s’ouvrirent au peuple, aux groupes musicaux et aux ensembles des peuples originaires. Le Président Evo, le Vice-président Alvaro, les membres de l’Assemblée Constitutionnelle, les chefs des forces armées, les ministres ont dansé comme des enfants dans le grand salon. Au son des flûtes, des tambours, des rondes enfantines, les commandants des trois forces armées, de la Police et de la sécurité municipale, les membres de l’Assemblée, ont pris la main des femmes indigènes aux somptueuses tenues, les ministres et les députés ont dansé enlacés avec les hommes des peuples et des communautés des 36 nationalités. Le peuple profond de la patrie, des militaires et des indigènes, des métisses, la classe moyenne, des intellectuels et des ouvriers, des patriotes de tout type, des êtres simples et humbles, ont dansé joyeusement et fêté le changement politique et législatif que la Bolivie lançait. »
Cette Bolivie n’est pas la Bolivie des affaires, de la Repsol [groupe pétrolier espagnol, NdT], du British petroleum, d’Eti-Entel [Eti est un groupe de télécommunications italien], c’est la Bolivie des peuples exclus durant des siècles qui cherche son avenir.
Comme nos gouvernements ne soutiennent pas ce processus, - ce qui signifie «ils n’ont aucun intérêt» - nous en appelons au cœur des citoyens et des organisations sociales d’Europe pour appuyer avec nous, le processus bolivien dans ce moment très spécial. C’est un processus dans lequel se jouent beaucoup de choses très particulières, et pas seulement pour les Boliviens. Evo Morales, comme il se définit lui-même, est un humaniste désirant que son peuple puisse s’exprimer et être protagoniste dans son pays. Cette volonté si simple est révolutionnaire. C’est un espoir pour tous que la Bolivie avance et se positionne à l’avant-garde des révolutions démocratiques, pacifistes et non-violentes dans le monde. Les révolutions humanistes.
Je pense que son acharnement conduira au succès si l’on creuse davantage le chemin qu’il a choisi de la non-violence active. Ce chemin, dédaigné par ses adversaires, fournit des outils particulièrement efficaces pour lutter contre les violents et pouvoir « les dés-armer » totalement. Ce ne serait pas la première fois : Ghandi à son époque a réussi à vaincre une force bien plus puissante.
Nous sommes ici devant un nouveau type de révolution, une révolution pacifiste, une révolution qui s’appuie sur les urnes, une révolution qui se propose d’éliminer définitivement le droit à la guerre des Etats, une révolution car elle tente de donner une voix aux éternels « sans voix ». A partir de là, on pourra comprendre ce qui se passe en Bolivie, comprendre Evo, le Mandela latino-américain.
17/12/2007
Rafael de la Rubia
Coordinateur International “Monde sans guerre”
16:20 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Evo Morales, Mandela, Rafael de la rubia, Monde sans guerre, révolution, non-violente
29.12.2007
La nouvelle Constitution de la Bolivie a été approuvée
Après relecture de chaque article, le 9 décembre 2007, elle a été approuvée définitivement et en détail, avec le soutien de plus des deux tiers de l'Assemblée Constitutionnelle représentant les neuf départements du pays.
Dans la nuit de samedi à dimanche, l'Assemblée Constitutionnelle a approuvé la quasi-totalité du projet de la nouvelle constitution bolivienne. Deux articles, l'un concernant l'État plurinational et l'autre à propos des grandes propriétés seront soumis à l'approbation du peuple lors d'un prochain référendum.Les tentatives de coups d'états de différents groupes de pressions nationaux et internationaux ont échoué, et ils étaient en train de perdre leurs privilèges lorsque s'est mis en place le premier gouvernement défendant réellement les intérêts de la Bolivie. Pour la première fois en Bolivie, avec ce gouvernement présidé par un indigène, l'Etat coïncide avec la Nation.
Pour autant, tout danger n'est pas écarté. Bien au contraire, car ces groupes de pressions se rendent maintenant compte que les changements en cours sont inexorables, et qu'un "coup" demeure la seule possibilité pour reprendre le pouvoir. Pour cela, ils disposent du soutien des Etats-Unis et de la presse liée aux entreprises multinationales. La Communauté internationale doit être vigilante, et des démocrates du monde doivent faire preuve de solidarité pour défendre ce processus bolivien.
Le nouveau texte constitutionnel instaure une économie solidaire mixte, respectant la propriété privée et la décentralisation, il donne au peuple la propriété des ressources naturelles. La reconduction du mandat présidentiel n'est possible qu'une seule fois. Fondamentalement, le nouveau texte constitutionnel transforme les structures coloniales de l'État.
"La Bolivie constitue un État Unitaire Social de Droit Plurinational Communautaire, libre, autonome et décentralisé, indépendant, souverain, démocratique et interculturel. Il est fondé sur la pluralité et le pluralisme politique, économique, juridique, culturel et linguistique, dans le processus intégrateur du pays ", indique le premier article de la nouvelle Constitution.
Un des apports les plus significatifs de cette «Assemblée constituante» a été d'inclure dans cette nouvelle Constitution le rejet de la guerre en tant que solution pour résoudre les conflits entre états. Non seulement cet article rejette toute possibilité de violence entre pays mais il encourage la culture de la paix.
La nouvelle Constitution établit aussi la possibilité de rompre un mandat présidentiel. Nous, humanistes du monde, saluons la maturité du peuple bolivien et la cohérence de leur président Evo Morales Ayma, qui ne fait que tenir ses promesses électorales, en concrétisant le programme de gouvernement pour lequel les électeurs ont voté.
19:40 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bolivie, constitution, Evo Morales, processus démocratique, révolution, MAS, violences








