17.02.2008
LA BOLIVIE FACE AUX MULTINATIONALES
LE PIÈGE DU CIRDI EN AMÉRIQUE LATINE
Conférence donnée par Guillermo Sullings (*)
Buenos Aires, 10/01/08 - Centre Culturel Floreal Gorini
Contexte initial
Comme nous l'avons déjà exprimé, le motif de cette causerie et la date un peu atypique à laquelle nous la réalisons, répond à la demande que le Président de la Bolivie Evo Morales nous a faite lors du 2è Forum Humaniste Latino-américain réalisé à La Paz, fin novembre 2007. La demande concrète était d'utiliser tous les canaux internationaux qui étaient à la portée des Humanistes, pour diffuser l'existence du conflit entre l'État Bolivien et Euro Telecom International (ETI) et pour exercer une pression à ce propos, une plainte frauduleusement présentée par la dite entreprise multinationale devant le Centre International de Règlement de Différends relatifs aux Investissements (CIRDI.), organisme arbitraire et polémique. En tenant compte que depuis que le CIRDI a exprimé qu'il constituerait avant le 31/01/08 un tribunal d'arbitrage pour s'impliquer dans ledit conflit, nous, les Humanistes - comme d'autres organisations que se solidarisent avec le peuple Bolivien dans cette cause - avons décidé de réaliser de nombreuses actions dans le monde entier pendant le mois de janvier. Nous sommes donc ici, commençant à diffuser ce thème en Argentine.
Mais avant d'entrer dans le sujet spécifique et ponctuel, il est intéressant d'analyser ce que représente le CIRDI et les Multinationales dans le contexte international actuel; ce qu'ils représentent pour notre région, en particulier pour l'Argentine, et de comprendre la nécessité d'un travail unitaire en Amérique latine, face à un tel pouvoir. Dans ce sens, nous pouvons dire que ces actions de soutien au peuple bolivien ne signifient pas seulement un acte de solidarité, ce qui serait en soi un motif plus que suffisant, mais elles signifient un pas de plus d'une lutte régionale contre le Pouvoir Économique. Plus tard il y aura d'autres pas.
12:19 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : CIRDI Bolivie ETI Guillermo Sullings Conférence pouvoir économiq
21.01.2008
Retrait de la Bolivie du Cirdi
Qu'est ce que le CIRDI?
Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements, institution de la Banque Mondiale, ayant son siège à la Banque Mondiale, c'est un tribunal arbitral supranational
Supranational, c'est à dire qu'il est au-dessus des nations, des gouvernements. Il ne provient pas d'un accord entre les gouvernements, c'est une institution qui peut prendre des décisions qui affectent les règles, les gouvernements, les pratiques et bien sûr, les personnes. Nous parlons du CIRDI : un système juridique qui donne aux multinationales des "super droits", exercés au-dessus et aux dépends de tout autre type de droits.
A qui revient la victoire quand le droit des investisseurs entre en conflit avec le droit indigène? Quand les investisseurs ont recours à ces tribunaux pour porter plainte contre un Etat, suite à des problèmes avec leurs investissements, les droits des citoyens, des peuples indigènes, le droit au développement, le droit à la vie, à l'eau et au logement sont-ils pris en compte? Non. Ils sont systématiquement détruits. Le bras juridique de défense des investisseurs est puissant. Et de plus, il a des effets inaliénables, décisifs et opérationnels. Celui de la défense du droit des peuples est faible et déclaratif. Pour des raisons évidentes, ceux qui possèdent l'argent, détiennent le pouvoir, etc. C'est le problème de fond.Pour donner un exemple, dans les années 80-90, le néolibéralisme florissait : les investissements étrangers étaient prépondérants dans le financement pour le développement. A partir de là, les traités de libre-échange ont surgi, ils font parti des instruments permettant aux multinationales de discipliner les Etats.
Avec la dramatique augmentation de l'investissement, le nombre de traités bilatéraux d'investissement augmentent aussi. Il y en avait moins de 300 au début des années 90. Aujourd'hui, il en existe 2500 dans le monde. En Bolivie, il y en a 22, tous datant des années 1994 à 2000, au moment le plus dur de l'aliénation des moyens stratégiques et de l'implantation des politiques néolibérales en Bolivie. Chaque traité dit « l'investisseur arrive et si un problème surgit, il faut recourir au CIRDI ». « Oubliez la justice bolivienne, allons à cette cour internationale ». C'est l'exemple, du traité appelé "traité de protection réciproque sur l'investissement"
La situation est celle-ci quand le gouvernement d'Evo Morales arrive au pouvoir. Maintenant, la Bolivie doit revoir les traités et renégocier prudemment, en dénonçant et ajustant. Depuis mai 2007, la Bolivie a décidé de quitter le CIRDI pour les raisons que nous allons développer.
1. Le CIRDI est un tribunal complètement déséquilibré et partial en faveur des multinationales.
Les critères de décisions de ce tribunal ne sont ni justes, ni réciproques. Les investisseurs peuvent porter plainte contre les Etats, mais l'inverse n'est pas vrai. Les règles sont faites pour protéger les investisseurs.
Les critères avec lesquels sont prises les décisions sont strictement commerciaux. Aucun autre droit ne peut être évoqué, comme par exemple le droit à la vie, à l'habitat, au développement, aux services de bases, etc.
Sur les 232 cas examinés par le CIRDI, 203 sont portés au tribunal par des multinationales. La seule chose qui peut arriver à un Etat face à ce tribunal, c'est ne pas payer ou payer moins, jamais une entreprise n'a dut indemniser un Etat.
Il s'agit d'une sorte de "justice divine" particulièrement vicieuse parce que les mécanismes d'appel manquent et parce que les jugements sont définitifs.
Ces traités ne sont qu'une longue liste de non, non, non : l'Etat ne va pas augmenter les impôts, il ne va pas mettre des barrières à la circulation des produits et des services, il ne va pas limiter les possibilités de passer des traités... et en plus, il va protéger mon monopole de propriété intellectuel, etc. Par exemple, dans le Traité de Libre Commerce du Chili avec les Etats Unis (TLC), la partie commerciale ne correspond au plus qu'à une dixième du traité, le reste n'est qu'une liste de non, non, non. Tout ce que l'Etat ne va pas faire contre les multinationales. Mais si l'Etat le fait, l'affaire termine au CIRDI.
En cas de différend, l'entreprise en appelle à "l'arbitrage international" pour se défendre. Pourquoi? Parce que ce qui importe le plus pour les multinationales, et ce qu'elles ont obtenus, c'est que les solutions apportées ne soient pas nationales. Par exemple, imaginons qu'en tant que multinationale j'intervienne en Bolivie. Ce pays modifie une loi, augmente un impôt, limite les mouvements de productions qui touchent mes affaires. J'ai un recours immédiat avec ce tribunal supranational, créé pour moi et mes conflits avec un Etat. Il a été créé pour agir ainsi. Les multinationales ne veulent pas se soumettre à la justice nationale. Elles veulent un mécanisme qui leur soit propre, ce qu'elles ont avec le CIRDI.
2. Le CIRDI est antidémocratique parce qu'il délibère en secret et sans rendre de compte à personne.
Il y a de sérieux problèmes d'éthiques et de conflits d'intérêts. Dans ce monde réduit d'arbitrages internationaux de protection des investissements, il y aurait peut-être 3.000 avocats spécialisés sur ce sujet. Au niveau mondial, c'est peu. Ils se connaissent tous. Ils déjeunent ensemble, ils ont fréquentés les mêmes universités, ils vont en vacances ensemble, ils échangent des observations sur les meilleurs hôtels à Bangkok, New York, etc. C'est une tribu. Une personne de ce monde peut à un moment apparaître comme avocat d'une entreprise, et en même temps d'un Etat. Et en même temps, être membre du tribunal arbitral, en tant que juge. On a même vu la même personne être membre d'un tribunal arbitral dont les décisions avaient des conséquences pour les autres affaires en cours pour lesquels cette personne était avocat de la défense d'une des parties. Va-t-il prendre ici des décisions qui favoriseraient ses argumentations là? Ce type de conflits d'intérêts est très fréquent, ils sont juge et partie. Il n'y a pas de normes éthiques au CIRDI. Tout cela est inadmissible pour la Bolivie. A nous de décider, au regard de cette situation, dans quel camp jouons-nous.
Qui constitue ce tribunal? Tout d'abord, les avocats de cette tribu particulière que nous avons évoquée. Le tribunal est formé d'un groupe de trois. L'accusation en prend un, l'accusé un autre, et ces deux-là décident d'un troisième. Si n'arrivent pas à un accord, le président de la banque mondial décide. Vous savez qui c'est en ce moment? Robert Zoellick, négociateur et ministre sans portefeuille des affaires d'intégration commerciale de G Bush. Il a monté le Cafta [NDT : traité de libre échange en Amérique Centrale (Guatemala, El Salvador, Honduras, Costa Rica y Nicaragua + Republica Dominicana) avec les Etats Unis], ainsi que le traité de libre échange avec le Chili, etc. Une fois que moi, en tant qu'Etat bolivien, je choisi mon arbitre, j'ai intérêt à bien le choisir. Mais après, je ne le contrôle plus. Il fait partie d'un groupe d'arbitre face auquel j'argumente, je fais mes présentations, mes témoignages. Mais ce n'est pas le mien, ils ont de leur côté de larges marges de manœuvre. A partir de quoi vont-ils décider dans mon cas? Ils décident : la jurisprudence est libre.
Selon l'article 42 de la convention du CIRDI, le tribunal une fois constitué décide de la norme à appliquer. Ils sont libre de choisir le corps juridique de droits qu'ils veulent reconnaître et ceux dont ils ne veulent pas. Par exemple, quand l'Argentine défend le droit à l'eau, la société civil argentine leur dit : "s'il vous plaît, prenez en compte le droit des gens à avoir accès à l'eau". Le tribunal dit non, et c'est finit. Voilà le problème avec la jurisprudence libre.
3. Le CIRDI coûte très cher aux Etats pauvres, c'est un mécanisme pour plumer les Etats.
Le cas le plus célèbre en Bolivie, c'est celui de la privatisation de l'eau à Cochabamba en 1999 – 2000. Cette privatisation a eu lieu discrètement et les tarifs ont augmenté de 300%. Cela a donné lieu à une importante réaction populaire. L'entreprise Bechtel Corporation [NDT : la plus grande entreprise d'ingénierie des Etats Unis] avait investit près d'un million de dollars et demandait à l'Etat Bolivien 100 millions : ils comptaient ce qu'ils auraient gagnés pendant les 40 ans de la concession.
Le gouvernement du moment a adopté une stratégie de défense légale, perdant ainsi de plus en plus du terrain. Les avocats mandatés par l'Etat Bolivien ont dit : "c'est une entreprise nord-américaine, mais ce n'est pas important, ils peuvent utiliser la Hollande [NDT : Bechtel était entré en Bolivie avec une entreprise basée en Hollande, en utilisant le "traité de commerce entre la Bolivie et la Hollande"]. La Bolivie a perdu durant l'étape de la juridiction.
A partir du moment où les organisations sociales ont résistées, la société civile aux Etats Unis, en Bolivie, en Hollande et dans d'autres pays, tous, nous avons commencé à faire pression sur l'entreprise. Et nous avons gagné. A ce moment-là, Bechtel a dit "maintenant, taisez-vous, nous partons. Finissons-en avec cela". Au final, ce qui avait été investit ici, ce n'est pas plus d'un million, c'est surtout une promesse de bénéfice futur. Ils n'allaient pas perdre grand chose, et ce qu'ils étaient déjà en train de perdre du fait de la pression sociale, suffisait largement. Ils nous ont dit : "bon, on s'en va". Et ils ont vendu leurs actions deux dollars à l'Etat Bolivien.
Le jugement n'était pas contre la Bolivie, mais du seul fait de participer à l'arbitrage, elle a du payer une forte somme. On estime que le coût de ces arbitrages à une moyenne de 3 millions de dollars, au minimum, pour résoudre la situation.
Pour l'entreprise privée, la justice est une question de coût-bénéfice (comme tout). En tant qu'entrepreneur, le jugement m'intéresse dans la mesure où c'est un plus économique pour ma situation, dans mes bilans annuels. Et si je vois la possibilité d'utiliser le système juridique pour améliorer ma position, je le fais. Quand le coût devient supérieur au bénéfice, je cesse d'en user. L'Argentine s'est faite attraper et bataille encore aujourd'hui. Qu'elle arrête de se battre et 30 autres cas vont apparaître, parce que pour une entreprise, ça lui coûte de l'argent quand le pays répond et se bat. Et si tu ne te bats pas, c'est rentable pour eux!
La double peine existe aussi. Une fois jugé pour un problème, un sujet, un événement, on ne peut pas te condamner à nouveau pour la même chose, mais dans le cas du CIRDI, ils peuvent. Souvent, dans les affaires, il y a des sociétés où un, deux ou trois actionnaires sont l'un anglais, l'autre français et le dernier italien. L'italien peut aller en justice. Il n'atteint pas le résultat qu'il veut, alors le Français peut s'y met à son tour sur la même histoire, et même devant la même cour; parce que c'est un autre plaignant, il n'y a pas de problème ni de filtre qui l'interdise. C'est arrivé plusieurs fois en Argentine.4. la participation de la Bolivie au CIRDI est anticonstitutionnel
Sa constitution [... en 1995...] disait que " les entreprises et les ressortissants étrangers étaient soumis aux lois boliviennes sans qu'ils ne puissent invoquer une situation exceptionnelle"
En 1995, le gouvernement de Gonzalo Sanchez de Losada a impliqué la Bolivie dans le CIRDI. Le gouvernement d'Evo Morales a dénoncé cette situation en avril 2007. La Bolivie a été le premier pays du monde, puis ont suivis le Venezuela et le Nicaragua, à dénoncer la Convention de la CIRDI, selon les accords pris lors de la Vème Conférence de l'ALBA [NDT : alternative bolivienne pour les peuples de notre Amérique].
La Bolivie continue d'offrir aux investisseurs internationaux des recours juridiques officiels locaux, aussi bien qu'un arbitrage au niveau international, selon les règles des Nations Unies. Mais les règles du CIRDI demeurent.
Synthèse d'une conférence donnée par T. Cruise, assesseur du Gouvernement Bolivien, en novembre 2007 durant le 2ème Forum Humaniste Latino-Américain, à La Paz, Bolivie.
08:00 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : CIRDI, ICSID, bolivie, Evo Morales, différend, Eurotelecom, Telecom Italia
14.01.2008
Evo Morales, le Mandela latino-américain
Il y a deux ans, Evo Morales a été démocratiquement élu. Aujourd’hui on cherche à savoir comment la «révolution bolivienne» s’encadre parmi les différentes tendances qui sont en train de surgir en Amérique Latine.
Rappelons qu’Evo est arrivé au pouvoir à la fin de l’année 2005 avec 53% des voix, soit 15% de plus que l’adversaire suivant, dans un système pseudo démocratique où les moyens de communication, l’économie et les pouvoirs sont dominés par une minorité ancestrale installée au pouvoir depuis des décennies. Pouvoirs descendant des dictatures militaires et des oligarchies ayant « régné » pendant des siècles sur le continent latino-américain. En dépit de ce contexte, Evo Morales a obtenu en tant que président, le meilleur soutien électoral de toute l’histoire de la Bolivie.
On a tenté d’identifier ce processus au processus cubain. Or, lors des récentes célébrations de l’anniversaire de la mort de Che Guevara en octobre passé, Evo a été clair sur le fait que bien qu’il admirait le mythique guérillero cubano-argentin Ernesto Guevara, il se positionnait pour la réalisation de transformations sociales par la voie pacifique, démocratique et non-violente. Selon ses déclarations, «son unique différence avec le Che, c’est que celui-ci recherchait l’égalité et la justice, les armes à la main».
On a aussi cherché des similitudes avec le modèle vénézuelien d’Hugo Chavez. Mais avec son refus de la guerre en tant que moyen pour résoudre les différences entre pays, refus inscrit dans la nouvelle constitution, Evo Morales marque une nouvelle différence révolutionnaire qui s’écarte d’«armer le peuple pour résister». Evo ouvre de nouveaux chemins, non encore explorés en Amérique Latine.
La nouvelle constitution bolivienne reprend les revendications historiques, se situant ainsi parmi les plus progressistes du monde. Son texte indique des références aux droits de l’homme et, au-delà des mentions génériques et classiques, il s’engage pour un système de santé et d’enseignement gratuit, pour le droit à la retraite, à la sécurité sociale, pour les droits des enfants, des personnes âgées et des peuples originaires, des salariés, des handicapés, des consommateurs, des prisonniers, etc. Une constitution laïque et non confessionnelle, comme la précédente qui instaurait l’obligation de soutenir l’église catholique. Une constitution pacifique qui refuse le recours à la guerre et bien sûr, l’établissement de bases étrangères sur son territoire. Mais surtout, une constitution pacifique impulsée par un indien aymara, un récoltant de coca, tout comme il aurait pu être spécialisé dans le domaine des oranges ou du raisin ; le « Président Evo Morales » comme on l’appelle avec un orgueil ancestral, ou « l’indien » comme le disent de façon dépréciative ceux qui, toujours, ont discriminé les autres.
Le silence des pays occidentaux, et spécialement des pays européens (sans parler des Etats Unis, parce là, il s’agit d’aveuglement), consiste à maintenir une désinformation systématique sur les événements qui se produisent en Bolivie et à n’offrir aucun soutien à Evo Morales, dans le meilleur des cas. Au pire, ils tentent de le diaboliser en l’assimilant à Fidel Castro ou à Chavez.
Le phénomène Evo Morales doit être étudié à la lumière de Mandela et non à la lumière Bolivarienne ou Guévariste. Il y a près de 40 ans, tout comme en Afrique du Sud, les indigènes, les cholas [femmes indigènes, NdT] ne pouvaient marcher sur les trottoirs en Bolivie. Ils devaient s’en écarter si un blanc s’y trouvait. Dans un pays constitué de 65% d’indigènes, 25% de métisses et 10% de blancs, il n’y avait jamais eu d’indigène au pouvoir en 500 ans.
Derrière les revendications sociales et politiques, se trouvent des motivations plus profondes qui résonnent, des revendications historiques pour restaurer la dignité des peuples opprimés durant des siècles, des revendications pour l’expression des aspirations d’un peuple. Ce que le peuple remercie le plus d’Evo c’est de lui avoir rendu sa dignité et lui avoir ouvert des perspectives futures.
On comprendra beaucoup mieux le phénomène Evo Morales à la lumière de Mandela, en le comparant à d’autres processus de cette région du monde. La Bolivie a vécu un « apartheid » durant des siècles, et elle est en train d’en sortir.
Nous ne savons pas comment les choses vont évoluer sous la pression des multinationales, des propriétaires terriens et des gouvernements corrompus. Nous ne savons pas s’ils vont réussir à faire échouer cette tentative pacifique, démocratique mais révolutionnaire. Mais ce que nous percevons parmi les gens que nous connaissons, dans les conversations dans les jours qui ont suivi l’approbation de la nouvelle constitution, c’est un processus qu’on ne peut arrêter, sans retour en arrière possible. Un peuple cherchant à s’exprimer a trouvé son chemin de dignité. Et cela, aucune multinationale ne pourra le stopper ; là, aucun propriétaire terrien ne pourra maintenir son hégémonie. S’il y a retour en arrière, et espérons qu’il n’y en aura pas, il sera ponctuel, car la certitude de ce qui est digne et juste, reviendra avec plus de force.
Mon ami et mon frère, le sénateur du MAS Gastón Cornejo Bacopé, qui nous régale de sa plume poétique de chroniques politiques brillantes, relate ainsi une partie de la célébration du 14 décembre, jour de la remise officielle du texte de la nouvelle constitution politique :
« Les portes du Palais s’ouvrirent au peuple, aux groupes musicaux et aux ensembles des peuples originaires. Le Président Evo, le Vice-président Alvaro, les membres de l’Assemblée Constitutionnelle, les chefs des forces armées, les ministres ont dansé comme des enfants dans le grand salon. Au son des flûtes, des tambours, des rondes enfantines, les commandants des trois forces armées, de la Police et de la sécurité municipale, les membres de l’Assemblée, ont pris la main des femmes indigènes aux somptueuses tenues, les ministres et les députés ont dansé enlacés avec les hommes des peuples et des communautés des 36 nationalités. Le peuple profond de la patrie, des militaires et des indigènes, des métisses, la classe moyenne, des intellectuels et des ouvriers, des patriotes de tout type, des êtres simples et humbles, ont dansé joyeusement et fêté le changement politique et législatif que la Bolivie lançait. »
Cette Bolivie n’est pas la Bolivie des affaires, de la Repsol [groupe pétrolier espagnol, NdT], du British petroleum, d’Eti-Entel [Eti est un groupe de télécommunications italien], c’est la Bolivie des peuples exclus durant des siècles qui cherche son avenir.
Comme nos gouvernements ne soutiennent pas ce processus, - ce qui signifie «ils n’ont aucun intérêt» - nous en appelons au cœur des citoyens et des organisations sociales d’Europe pour appuyer avec nous, le processus bolivien dans ce moment très spécial. C’est un processus dans lequel se jouent beaucoup de choses très particulières, et pas seulement pour les Boliviens. Evo Morales, comme il se définit lui-même, est un humaniste désirant que son peuple puisse s’exprimer et être protagoniste dans son pays. Cette volonté si simple est révolutionnaire. C’est un espoir pour tous que la Bolivie avance et se positionne à l’avant-garde des révolutions démocratiques, pacifistes et non-violentes dans le monde. Les révolutions humanistes.
Je pense que son acharnement conduira au succès si l’on creuse davantage le chemin qu’il a choisi de la non-violence active. Ce chemin, dédaigné par ses adversaires, fournit des outils particulièrement efficaces pour lutter contre les violents et pouvoir « les dés-armer » totalement. Ce ne serait pas la première fois : Ghandi à son époque a réussi à vaincre une force bien plus puissante.
Nous sommes ici devant un nouveau type de révolution, une révolution pacifiste, une révolution qui s’appuie sur les urnes, une révolution qui se propose d’éliminer définitivement le droit à la guerre des Etats, une révolution car elle tente de donner une voix aux éternels « sans voix ». A partir de là, on pourra comprendre ce qui se passe en Bolivie, comprendre Evo, le Mandela latino-américain.
17/12/2007
Rafael de la Rubia
Coordinateur International “Monde sans guerre”
16:20 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Evo Morales, Mandela, Rafael de la rubia, Monde sans guerre, révolution, non-violente
07.01.2008
Bolivie : La révolution non-violente
Le 18 décembre 2005, s'est produit un événement qui représente un point de repère dans l'histoire de l'Amérique latine. Evo Morales, un indien aymara, collecteur de feuilles de coca, et qui avait auparavant été trompettiste, boulanger et briquetier, a été choisi comme Président constitutionnel de la République de la Bolivie. Celui qui est appelé "l'indien", avec un esprit dédaigneux et une forte dose de racisme par ses détracteurs, a obtenu 53% des votes face aux 28% de son adversaire immédiat. 84% de ceux qui pouvaient voter ont participé à ces élections.
Le Président Morales est le chef moral d'une initiative de changement constitutionnel de nature révolutionnaire qui pourrait placer la Bolivie à l'avant-garde de l'humanisme politique.
La nouvelle constitution bolivienne sera un pari ferme pour les Droits de l'Homme. Elle contiendra presque cent articles consacrés à la reconnaissance des droits individuels et collectifs, face à seuls quatre articles de celle d'aujourd'hui. Les droits des enfants, des personnes âgées, des peuples autochtones, des travailleurs, des handicapés, des consommateurs, des prisonniers, etc. sont élevés au niveau constitutionnel. Mais ce n'est pas seulement une question de quantité sinon une question d'efficacité réelle du règlement. Face aux simples déclarations d'intentions habituelles dans les textes constitutionnels, il est expressément établi l'enseignement gratuit jusqu'au baccalauréat, un système de santé gratuit et universel, le droit à la pension de vieillesse ou à l'universalité de la sécurité sociale, pour donner seulement quelques exemples.
On pourrait dire que certains de ces droits sont reconnus aussi dans quelques pays d'Europe. Dans tel cas, il faut préciser aussi que, dans ces pays, ces droits qui ne sont pas inscrits dans la constitution peuvent être supprimés par simple décision du parti majoritaire. En outre, la signification réelle de ces droits dans un pays comme la Bolivie, avec un revenu annuel par habitant d'environ 800 euro, est absolument différente de celle de l'Europe. En Bolivie, assurer constitutionnelleme
Il s'agit, d'autre part, d'une Constitution qui donne la liberté d'option. Contrairement à celle d'aujourd'hui, qui oblige l'État à soutenir l'église catholique, la Constitution à venir [elle doit être ratifiée par un référendum populaire, NdT] reconnaît expressément la liberté religieuse et sanctionne la discrimination pour des raisons religieuses, ainsi que la discrimination liée à l'orientation sexuelle ou à l'identité de genre. Egalement, il y est reconnu le droit aux femmes et aux hommes de décider d'avoir ou de ne pas avoir d'enfants et elle promeut la coexistence dans les centres éducatifs de personnes avec différentes options de spiritualité.
Le projet constitutionnel incorpore des articles qui, au bénéfice de la paix mondiale, devraient sans attendre être reproduits dans les lois fondamentales du reste des nations. Il s'agit de la déclaration de la Bolivie comme état pacifiste, l'interdiction des bases militaires étrangères et le renoncement à l'agression armée comme méthode de résolution de conflits.
Malgré tout cela, ce projet de Constitution est contesté avec une force étonnante tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays.
On emploie des méthodes de guérilla urbaine pour s'opposer à un projet qui doit encore être soumis à un référendum, comme s'il s'agissait d'une loi imposée par un dictateur. Si en outre, on comprend que les révoltes sont liées à un thème si peu important comme celui de choisir la ville où se place chaque organe de l'État - en comparaison avec le thème de reconnaissance des droits et libertés – alors le désaccord de l'observateur non informé sera absolu.
D'autre part, les dirigeants de certains départements du pays ont nié la légitimité tant du projet que du référendum, par des supposés vices de forme dans le processus d'élaboration du texte et ils incitent à la révolte populaire. Ils évitent d'admettre que, si elle arrive à se produire, la décision populaire d'approuver la nouvelle Constitution, lors dans référendum libre et secret, corrigerait tout vice de forme dans le processus préalable.
Le préfet de la ville de Santa Cruz, le département le plus riche du pays, a présenté le 15 décembre, un statut d'autonomie, tandis que le président de son assemblée législative a annoncé la naissance d'une nouvelle république.
Cette persistance absurde de nier la légitimité d'un référendum parce que le projet a été élaboré plus ou moins rapidement, de combattre avec des révoltes violentes ce qui n'est encore qu'un projet qui doit être soumis à la consultation populaire, et de provoquer des tensions locales et sécessionnistes dans un des pays les plus pauvres d'Amérique latine, n'est pas accidentel.
Des intérêts aussi forts, tant internes qu'externes, essaient de provoquer un conflit violent de dimension énorme justifiant ainsi l'adoption de mesures exceptionnelles et le déraillement du processus transformateur qu'expérimente la Bolivie. Ils sont en train d'inventer une guerre civile.
En réalité, l'opposition au projet constitutionnel est propulsée par l'oligarchie raciste et riche qui a traditionnellement détenu le pouvoir politique et économique dans le pays, et qui aujourd'hui sent une menace de ses privilèges dans le nouvel État qui se forme dans cette Constitution.
A l'extérieur du pays, les multinationales voient leurs affaires lucratives pâtir à cause de cette situation (elles faisaient leurs affaires avec l'ancienne classe dominante), elles sont en train orchestrer une campagne internationale contre le gouvernement légitime de la Bolivie et contre ses représentants. La déclaration constitutionnelle de propriété étatique des hydrocarbures, l'interdiction de privatiser les services de base et la priorité du droit à la santé sur le droit des brevets, tout cela affecte les compagnies pétrolifères et pharmaceutiques puissantes. Les campagnes de désinformation et d'intox ne sont pas surprenantes et visent à tromper l'opinion publique internationale et à miner la sympathie que la révolution pacifique bolivienne et Evo Morales lui-même peuvent réveiller à l'étranger.
Face aux pressions, le gouvernement bolivien agit avec prudence, en évitant l'utilisation de la force et en étant armé de doses de patience et de tolérance. Toutefois, l'ennemi est puissant et manque de principes moraux.
Ils continueront à promouvoir la violence par une réponse ou une 'simple erreur' gouvernementale de nature égale et de résultats mortels qui permettent de disqualifier le gouvernement bolivien, son Président et tout le processus révolutionnaire. Peu leur importe de conduire le pays à la guerre civile. Peu leur importe les morts que cela peut causer. Peu leur importe le futur des millions de boliviens qui manquent du minimum pour survivre. Peu leur importe l'état de santé de ceux qui prendront des médicaments dont les prix sont prohibitifs. C'est seulement leurs propres privilèges qui les importe. Il leur importe seulement les cours en bourse de Repsol, British Petroleum ou d'Exxon à Wall Street.
Pour tout cela, le peuple bolivien et son président ont besoin plus que jamais aujourd'hui, de l'appui de personnes, institutions et moyens de communication dans le monde entier. Ils brandissent un drapeau qui est celui de tous : le drapeau de la non-violence, le drapeau des droits de l'homme, le drapeau de la liberté. Ce serait immoral et ce serait une erreur tactique que de les laisser seuls devant un tel ennemi. Le match qui se joue aujourd'hui en Bolivie n'est pas seulement celui des boliviens mais celui de tous les êtres humains.Pau Segado et Javier Sampedro du Parti Humaniste d'Espagne.
10:35 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bolivie, Evo Morales, soutien, démocratie, racisme, violence, constitution
29.12.2007
Evo Morales au Forum Humaniste Latino Américain de La Paz
Le 2ème Forum Humaniste régional Latino Américain s'est déroulé à La Paz, Bolivie, du 23 au 25 novembre 2007.
Voici pour information quelques images et le discours d'ouverture prononcé par le Président de la république Bolivienne, Evo Morales. Evo Morales - Discours d'ouverture.pdf
Quelques Photos ici.
Et une courte vidéo:
Site web: www.forohumanistalatinoamericano.org
20:05 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Evo Morales, Forum, Humaniste, Latino américain, bolivie, La paz
La nouvelle Constitution de la Bolivie a été approuvée
Après relecture de chaque article, le 9 décembre 2007, elle a été approuvée définitivement et en détail, avec le soutien de plus des deux tiers de l'Assemblée Constitutionnelle représentant les neuf départements du pays.
Dans la nuit de samedi à dimanche, l'Assemblée Constitutionnelle a approuvé la quasi-totalité du projet de la nouvelle constitution bolivienne. Deux articles, l'un concernant l'État plurinational et l'autre à propos des grandes propriétés seront soumis à l'approbation du peuple lors d'un prochain référendum.Les tentatives de coups d'états de différents groupes de pressions nationaux et internationaux ont échoué, et ils étaient en train de perdre leurs privilèges lorsque s'est mis en place le premier gouvernement défendant réellement les intérêts de la Bolivie. Pour la première fois en Bolivie, avec ce gouvernement présidé par un indigène, l'Etat coïncide avec la Nation.
Pour autant, tout danger n'est pas écarté. Bien au contraire, car ces groupes de pressions se rendent maintenant compte que les changements en cours sont inexorables, et qu'un "coup" demeure la seule possibilité pour reprendre le pouvoir. Pour cela, ils disposent du soutien des Etats-Unis et de la presse liée aux entreprises multinationales. La Communauté internationale doit être vigilante, et des démocrates du monde doivent faire preuve de solidarité pour défendre ce processus bolivien.
Le nouveau texte constitutionnel instaure une économie solidaire mixte, respectant la propriété privée et la décentralisation, il donne au peuple la propriété des ressources naturelles. La reconduction du mandat présidentiel n'est possible qu'une seule fois. Fondamentalement, le nouveau texte constitutionnel transforme les structures coloniales de l'État.
"La Bolivie constitue un État Unitaire Social de Droit Plurinational Communautaire, libre, autonome et décentralisé, indépendant, souverain, démocratique et interculturel. Il est fondé sur la pluralité et le pluralisme politique, économique, juridique, culturel et linguistique, dans le processus intégrateur du pays ", indique le premier article de la nouvelle Constitution.
Un des apports les plus significatifs de cette «Assemblée constituante» a été d'inclure dans cette nouvelle Constitution le rejet de la guerre en tant que solution pour résoudre les conflits entre états. Non seulement cet article rejette toute possibilité de violence entre pays mais il encourage la culture de la paix.
La nouvelle Constitution établit aussi la possibilité de rompre un mandat présidentiel. Nous, humanistes du monde, saluons la maturité du peuple bolivien et la cohérence de leur président Evo Morales Ayma, qui ne fait que tenir ses promesses électorales, en concrétisant le programme de gouvernement pour lequel les électeurs ont voté.
19:40 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Bolivie, constitution, Evo Morales, processus démocratique, révolution, MAS, violences








