07.01.2008

Bolivie : La révolution non-violente

3cc27d32bf5d877bb13fd09fcd73877e.jpgLe 18 décembre 2005, s'est produit un événement qui représente un point de repère dans l'histoire de l'Amérique latine. Evo Morales, un indien aymara, collecteur de feuilles de coca, et qui avait auparavant été trompettiste, boulanger et briquetier, a été choisi comme Président constitutionnel de la République de la Bolivie. Celui qui est appelé "l'indien", avec un esprit dédaigneux et une forte dose de racisme par ses détracteurs, a obtenu 53% des votes face aux 28% de son adversaire immédiat. 84% de ceux qui pouvaient voter ont participé à ces élections.

Le Président Morales est le chef moral d'une initiative de changement constitutionnel de nature révolutionnaire qui pourrait placer la Bolivie à l'avant-garde de l'humanisme politique.

La nouvelle constitution bolivienne sera un pari ferme pour les Droits de l'Homme. Elle contiendra presque cent articles consacrés à la reconnaissance des droits individuels et collectifs, face à seuls quatre articles de celle d'aujourd'hui. Les droits des enfants, des personnes âgées, des peuples autochtones, des travailleurs, des handicapés, des consommateurs, des prisonniers, etc. sont élevés au niveau constitutionnel. Mais ce n'est pas seulement une question de quantité sinon une question d'efficacité réelle du règlement. Face aux simples déclarations d'intentions habituelles dans les textes constitutionnels, il est expressément établi l'enseignement gratuit jusqu'au baccalauréat, un système de santé gratuit et universel, le droit à la pension de vieillesse ou à l'universalité de la sécurité sociale, pour donner seulement quelques exemples.

On pourrait dire que certains de ces droits sont reconnus aussi dans quelques pays d'Europe. Dans tel cas, il faut préciser aussi que, dans ces pays, ces droits qui ne sont pas inscrits dans la constitution peuvent être supprimés par simple décision du parti majoritaire. En outre, la signification réelle de ces droits dans un pays comme la Bolivie, avec un revenu annuel par habitant d'environ 800 euro, est absolument différente de celle de l'Europe. En Bolivie, assurer constitutionnellement certains droits économiques et sociaux est, pour beaucoup de gens, la différence entre la vie et la mort.

Il s'agit, d'autre part, d'une Constitution qui donne la liberté d'option. Contrairement à celle d'aujourd'hui, qui oblige l'État à soutenir l'église catholique, la Constitution à venir [elle doit être ratifiée par un référendum populaire, NdT] reconnaît expressément la liberté religieuse et sanctionne la discrimination pour des raisons religieuses, ainsi que la discrimination liée à l'orientation sexuelle ou à l'identité de genre. Egalement, il y est reconnu le droit aux femmes et aux hommes de décider d'avoir ou de ne pas avoir d'enfants et elle promeut la coexistence dans les centres éducatifs de personnes avec différentes options de spiritualité.

Le projet constitutionnel incorpore des articles qui, au bénéfice de la paix mondiale, devraient sans attendre être reproduits dans les lois fondamentales du reste des nations. Il s'agit de la déclaration de la Bolivie comme état pacifiste, l'interdiction des bases militaires étrangères et le renoncement à l'agression armée comme méthode de résolution de conflits.

Malgré tout cela, ce projet de Constitution est contesté avec une force étonnante tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays.

On emploie des méthodes de guérilla urbaine pour s'opposer à un projet qui doit encore être soumis à un référendum, comme s'il s'agissait d'une loi imposée par un dictateur. Si en outre, on comprend que les révoltes sont liées à un thème si peu important comme celui de choisir la ville où se place chaque organe de l'État - en comparaison avec le thème de reconnaissance des droits et libertés – alors le désaccord de l'observateur non informé sera absolu.

D'autre part, les dirigeants de certains départements du pays ont nié la légitimité tant du projet que du référendum, par des supposés vices de forme dans le processus d'élaboration du texte et ils incitent à la révolte populaire. Ils évitent d'admettre que, si elle arrive à se produire, la décision populaire d'approuver la nouvelle Constitution, lors dans référendum libre et secret, corrigerait tout vice de forme dans le processus préalable.

Le préfet de la ville de Santa Cruz, le département le plus riche du pays, a présenté le 15 décembre, un statut d'autonomie, tandis que le président de son assemblée législative a annoncé la naissance d'une nouvelle république.

Cette persistance absurde de nier la légitimité d'un référendum parce que le projet a été élaboré plus ou moins rapidement, de combattre avec des révoltes violentes ce qui n'est encore qu'un projet qui doit être soumis à la consultation populaire, et de provoquer des tensions locales et sécessionnistes dans un des pays les plus pauvres d'Amérique latine, n'est pas accidentel.

Des intérêts aussi forts, tant internes qu'externes, essaient de provoquer un conflit violent de dimension énorme justifiant ainsi l'adoption de mesures exceptionnelles et le déraillement du processus transformateur qu'expérimente la Bolivie. Ils sont en train d'inventer une guerre civile.

En réalité, l'opposition au projet constitutionnel est propulsée par l'oligarchie raciste et riche qui a traditionnellement détenu le pouvoir politique et économique dans le pays, et qui aujourd'hui sent une menace de ses privilèges dans le nouvel État qui se forme dans cette Constitution.

A l'extérieur du pays, les multinationales voient leurs affaires lucratives pâtir à cause de cette situation (elles faisaient leurs affaires avec l'ancienne classe dominante), elles sont en train orchestrer une campagne internationale contre le gouvernement légitime de la Bolivie et contre ses représentants. La déclaration constitutionnelle de propriété étatique des hydrocarbures, l'interdiction de privatiser les services de base et la priorité du droit à la santé sur le droit des brevets, tout cela affecte les compagnies pétrolifères et pharmaceutiques puissantes. Les campagnes de désinformation et d'intox ne sont pas surprenantes et visent à tromper l'opinion publique internationale et à miner la sympathie que la révolution pacifique bolivienne et Evo Morales lui-même  peuvent réveiller à l'étranger.

Face aux pressions, le gouvernement bolivien agit avec prudence, en évitant l'utilisation de la force et en étant armé de doses de patience et de tolérance. Toutefois, l'ennemi est puissant et manque de principes moraux.

Ils continueront à promouvoir la violence par une réponse ou une 'simple erreur' gouvernementale de nature égale et de résultats mortels qui permettent de disqualifier le gouvernement bolivien, son Président et tout le processus révolutionnaire. Peu leur importe de conduire le pays à la guerre civile. Peu leur importe les morts que cela peut causer. Peu leur importe le futur des millions de boliviens qui manquent du minimum pour survivre. Peu leur importe l'état de santé de ceux qui prendront des médicaments dont les prix sont prohibitifs. C'est seulement leurs propres privilèges qui les importe. Il leur importe seulement les cours en bourse de Repsol, British Petroleum ou d'Exxon à Wall Street.

Pour tout cela, le peuple bolivien et son président ont besoin plus que jamais aujourd'hui, de l'appui de personnes, institutions et moyens de communication dans le monde entier. Ils brandissent un drapeau qui est celui de tous : le drapeau de la non-violence, le drapeau des droits de l'homme, le drapeau de la liberté. Ce serait immoral et ce serait une erreur tactique que de les laisser seuls devant un tel ennemi. Le match qui se joue aujourd'hui en Bolivie n'est pas seulement celui des boliviens mais celui de tous les êtres humains.

 Pau Segado et Javier Sampedro du Parti Humaniste d'Espagne.

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